La distribution laisse malheureusement à désirer : Dario Schmunck dans le double rôle de Goffredo et de Carlo peine à restituer la vaillance et les splendeurs du ténor rossinien voulu par son auteur, comme Robert McPherson, dont les moyens sont trop justes pour se tirer avec les honneurs de Gernando et de Ubaldo. Au moins la basse Leonard Bernard chante-t-elle correctement Idraote et Astarotte. Elève d’Alberto Zedda, Enea Scala a du coffre et de l’ambition pour se mesurer à la tessiture vertigineuse de Rinaldo. Son émission un peu brute, son agilité parfois entachée par une certaine lourdeur, ses grands aigus à la limite du plafonnement et ses graves écrasés rappellent cependant que le chemin pour parvenir au sommet est proche, mais pas encore atteint. Comme à Montpellier deux ans plus tard son investissement est payant surtout en duo avec Armida et s’il ne parvient pas tout à fait à procurer le frisson attendu lors de l’électrisant trio « In quale aspetto imbelle » du 3ème acte, la prestation du chanteur est tout à fait intéressante.
Reste le cas de Carmen Romeu ; on peut toujours parier sur une cantatrice débutante et pleine de bonne volonté, mais dans le cas d’une partition si exigeante on sait d’avance que la partie est perdue d’avance et que l’on court à la catastrophe. Cette Musetta, cette Liù, cette Ninetta n’a pas l’envergure vocale, l’ambitus et la résistance pour affronter une écriture telle que celle d’Armida. Sa technique rudimentaire ne lui permet pas de se mesurer à ce rôle de « drammatico d’agilita » qui réclame une connaissance des règles belcantiste et une pratique à toute épreuve qu’il s’agisse de vocalise, de maitrise du souffle ou d’extension du grave à l’aigu qui sont la base de la grammaire rossinienne. Le timbre aigrelet de la chanteuse n’arrange rien, la fatigue et l’usure prématurée du matériau (un comble à seulement 31 ans !) faisant le reste. Frêle comme un roseau, Carmen Romeu essaie de s’accrocher aux branches pour venir à bout de cet opéra au chant escarpé, échouant sur la moindre gamme ascendante, trébuchant dans les ensembles et expédiant les échelles chromatiques du « D’amor al dolce impero », avant de sombrer dans un final indigne. Pas étonnant que cette soprano espagnole ne soit plus programmée depuis sur la moindre scène.
Renée Fleming a chanté Armida d’abord à Pesaro en 1993. J’y étais, mais n’ai aucun souvenir de la mise en scène… je crois qu’elle remplaçait la soprano qui était prévue, peut-être Gasdia, je ne sais plus.
Fleming ne remplaçait pas Gasdia à Pesaro en 1993 puisque cette dernière y chantait Maometto secondo cette même année ( j’y étais aussi, mais ne me souvenais plus que c’était la même année !! Des fréquentations répétées dans un même festival brouillent la mémoire..
Elle remplaçait Anna Caterina Antonacci alors en pleine crise vocale.