Pour Marc Minkowski à qui la direction de cette nouvelle intégrale a été confiée, il s’agit d’un retour aux sources puisque le chef s’est déjà confronté à l’ouvrage en 2005 (dvd publié chez Decca). Toujours aussi enflammée, sa battue n’a rien perdu de son énergie et de sa capacité à maintenir l’attention sur la durée. Jouée à un train d’enfer, l’ouverture donne le ton de cette lecture de bout en bout attentive et soignée qui ne laisse rien ni personne de côté, du rôle-titre écrasant aux seconds forcément moins exposés. Après avoir dirigé Richard Croft, Minkowski ne pouvait imaginer Mitridate plus brillant que Michael Spyrès. Le ténor américain, plus encore que sur la scène du TCE en 2016, réalise un parcours sans faute où la vaillance rivalise avec la profondeur psychologique. Son Mitridate au timbre séducteur, se joue de la tessiture avec insolence et maitrise une belle gamme d’affects qui rendent son personnage pourtant avide de pouvoir et de gloire, fragile et donc humain, notamment au moment du pardon et de la mort. Pour autant le souvenir de Rockwell Blake à Aix en 1983 demeure (dvd EuroARts) et la prestation de ce prodigieux aîné pourra sembler supérieure à ceux qui l’on vu et entendu dans la production de Jean-Claude Fall dirigée par Theodor Guschelbauer.
Aspasia revient assez naturellement à Julie Fuchs : la voix de la soprano n’est pas très large et ne possède ni le rayonnement ni la rareté de celle d’Yvonne Kenny (chez Harnoucourt dvd DG 1986 et Guschelbauer) mais la cantatrice s’empare assez finement de la partition à laquelle elle apporte un lustre et une virtuosité bienvenues. Les voyelles manquent pourtant de mordant et l’italien d’une plus rigoureuse netteté, mais les variations du grand air « Al destin di chi minaccia » sont plutôt réussies, comme les nombreux récitatifs solidement accompagnés par Jory Vinikour au clavecin, abordés avec assurance. Elsa Dreisig parait toujours assez scolaire et son Sifare au style erratique souffre d’une diction molle surtout dans « Soffre il mio core » ; il faut donc patienter jusqu’à « Lungi da te » avec cor obligé pour que la soprano se montre davantage impliquée et donne enfin le sentiment de croire à son personnage tiraillé entre amour et devoir. De son côté le timbre de Sabine Devieilhe semble résister à tous les traitements sans parvenir à se détendre et à gagner en rondeur malgré les années. L’émission rétrécie et les accents pointus dont elle pare cette Ismene ne caressent jamais nos oreilles, surprises par tant de verdeur et d’acidité.
Dans le rôle de Farnace, le contreténor Paul-Antoine Bénos-Djian est tout à fait honorable, comme la mezzo Adriana Bignagni Lesca dans celui d’Arbate pour lequel elle distille un chant incisif, tandis que Cyrille Dubois retrouve le petit rôle de Marzio qu’il interprétait déjà au TCE.