Après cette page intensément vécue, Leo Nucci revenait seul pour exécuter l’air du 2ème acte « Di provenza il mar » avec une assurance vocale et surtout une exceptionnelle longueur de souffle, suivi par une parfaite cabalette « No, non udrai rimproveri », si souvent passée à la trappe, la soprano concluant la première partie par un splendide « E strano…Sempre libera » aux appuis vigoureux et aux vocalises contrôlées, couronné par un mi bémol inattendu.
Rigoletto, qu’ils ont incarné à la scène à Orange et à Salerno, occupait la seconde manche de ce concert. Dans le rôle du Bouffon qui n’a jamais quitté son répertoire, Nucci (qui l’a endossé près de 600 fois et s’apprête à le reprendre l’été prochain aux Chorégies) est sans rival, même si le timbre n’a plus les couleurs ni la stabilité d’autrefois ; pour autant sa manière d’investir la musique, de tout donner pour dépeindre la détresse et l’humanité du personnage secoué de spasmes et de larmes, n’a tout simplement pas de prix dans « Quel vecchio maledivami » à l'aigu redoutable.
Plus calme lors du duo avec sa fille, Gilda, « Figlia ! Mio padre », dont la soprano traduit à merveille l’innocence et la candeur, le baryton italien retrouvait toute sa puissance et ce slancio dévastateur au moment des imprécations « Cortigiani vil razza dannata » avant que la Ciofi ne reprenne l’un de ses chevaux de bataille, le céleste « Caro nome » chanté en état d’apesanteur, sur un fil, archet à la corde. Réunis dans l’urgence comme si le temps leur manquait, le « Si vendetta » a bien sûr fait l’effet d’un électrochoc, les deux complices ne se faisant pas prier pour redonner la pièce en bis, pour le plus grand bonheur du public. Titanesque !