Débuté par un impressionnant « Coucher de soleil » sur un poème de Leconte de Lisle, où la basse a su faire retentir son puissant instrument, le récital n'a cessé de mettre en valeur l'originalité et la diversité de cette écriture. Souvent dédicacées à de grands noms comme ce « Cavalier mongol » en hommage au baryton Numa Auguez, qui décrit avec fougue l'image d'un Orient rêvé et avec elle la figure d'un brigand belliqueux et conquérant auquel Courjal prête tout son panache, les mélodies de Fernand de la Tombelle offrent un large panorama émotionnel et sensoriel. Emois sentimentaux avec « Promenades nocturnes » (Gautier), douleur de l'absence « Chanson de grève », horreur de la guerre avec le poignant « Pour la paix », ou encore les conditions de vie terribles des ouvriers rendues avec une vibrante acuité dans « Les Tisserands », dont Courjal fait ressortir avec une belle expressivité le désespoir d'un père face à la dureté de son existence et au déshonneur de sa fille. Dans cet exercice dominé avec aisance, le chanteur livre une véritable leçon de style soignant la prosodie française, tirant habilement profit des climats par un jeu subtil de couleurs et de nuances qui captent l'attention et la maintienne en alerte pendant toute la performance. A ses côtés Antoine Palloc distille un jeu profond, solide et vigoureux qui porte la voix de la basse et anime cette musique qui marie dans un même geste, langueur et violents emportements, souvent situés en fin de section pour accentuer l'impression de progression et de climax, tout en confirmant les talents de Fernand de la Tombelle. « Ischia » sur un poème de Lamartine, confié à une voix de femme, terminait élégamment ce beau programme qui ne devrait pas s'arrêter là si l'on en croit l'enthousiasme avec lequel ce duo s'est emparé de cette résurrection, tandis que le chanteur et son pianiste revenaient avec un bis célèbre de Tosti, en italien cette fois, « Malia », tout en charme et en légèreté.