Si, à l'évocation des Hauts de Hurlevent (Wuthering Heights), l'auditeur se souvient immédiatement du roman d'Emily Brontë ou du film de William Wyler avec Merle Oberon et Laurence Olivier… il ne pensera pas forcément à l'unique incursion de Bernard Herrmann dans le monde de l'opéra. Le nom du compositeur américain demeure en effet indissociable des films d'Alfred Hitchcock à Orson Welles, que ses musiques ont contribué à élever au rang de grands chefs d'œuvres . Il suffit en effet de quelques notes pour reconnaître instantanément les cris stridents dans la scène du meurtre sous la douche dans Psychose, ou bien le thème amoureux dans Vertigo et tant d'autres signatures musicales qui sont autant de souvenirs qui font irruption dans la mémoire du cinéphile.
En 1944, quand Herrmann découvrit le roman d'Emily Brontë au moment où il écrivait la musique de Jane Eyre, avec Joan Fontaine et Orson Welles. Malgré la très forte impression que produisit ce chef d'œuvre de la littérature sur lui, il mit pourtant plus de sept années pour parvenir à composer cet opéra qui restera un exemple unique et isolé dans son catalogue. Herrmann n'assista jamais de son vivant une représentation scénique et se contenta d'enregistrer son œuvre avec un cast sans grande ambition.
Le Festival de Montpellier – Radio France avait exhumé cet opéra, il y a une dizaine d'années sous la baguette d'Alain Altinoglu, avec Laura Aikin en Catherine Earnshaw et Boaz Daniel en Heathcliff. Cette version de concert avait eu les honneurs d'une réalisation discographique mais elle ne suffit pas à créer un engouement suffisant pour décider metteurs en scène et programmateurs. C'est dire si Laurent Spielmann, pour sa dernière saison à la tête de l’Opéra national de Lorraine, a voulu marquer les esprits en prenant le risque (gagnant) de s'octroyer la première réalisation scénique française.
Jacques Lacombe plie l'Orchestre symphonique et lyrique de Nancy à une lecture plutôt drue et anguleuse, qui détache des rugosités dans les cordes et des vents souvent très exposés. Il manque ici une chair et des capitons pour que ce souffle lyrique trouve ses marques en osant des références explicitement cinématographiques qui aurait permis à l'auditeur de se plonger dans les méandres du romanesque et pour oublier la minceur d'un catalogue d'images convenues.