Performeuse, réalisatrice, « comédienne » et metteuse en scène Marina Abramović occupe depuis plusieurs décennies la scène en offrant son corps au public dans le cadre de happenings volontairement provocants et radicaux, qui questionnent la place et le pouvoir de l’artiste contemporain. Ses spectacles-performances souvent longs et muets, donnés dans des lieux alternatifs, jouent avec les codes et mêlent tout ensemble sexualité, religion, genre, vie et mort pour mieux surprendre, dérouter ou irriter.
Figure centrale de ses propres recherches, Marina Abramović est de toutes ses expériences-laboratoire et n’hésite pas à s’investir physiquement, comme au MOMA de New York ou elle conviait à sa table des invités-cobayes, assis face à elle pour la fixer droit dans les yeux pendant des heures, sans qu’elle ne bouge d’un millimètre, ni à s’humilier, à se faire brutaliser ou à se dénuder. Nous ne lui connaissions cependant pas cette passion pour le monstre sacré qu’était, et demeure, Maria Callas – dont on célébrera le 16 septembre la 44ème année de la disparition – diva entre les divas, génie de la scène lyrique, incarnation sans pareil du théâtre et du chant, avant de découvrir l’existence de cette proposition créée à Munich en 2020. Si le destin hors norme de la cantatrice a déjà fait l’objet de nombreux projets (films, pièces de théâtre, chorégraphies, biographies….) sa vie et son œuvre continuant depuis sa mort de fournir une riche matière exploitable à l’envi, rares sont les évocations à ne pas être tombées dans la caricature ou la seule et plate révérence. Bien trop puissante pour se laisser happer ou impressionner par cette véritable icône, Marina Abramović ne cherche pas à raconter l’histoire de Maria Callas ; elle préfère convoquer ses souvenirs au moment où celle-ci s’apprête à mourir dans la chambre de son appartement parisien, un beau matin de 1977.
Allongée sur son lit, les cheveux noirs jais éparpillés sur l’oreille, Callas/Abramović repose inerte tandis qu’une musique sombre et envoutante, composée de thèmes bien connus, résonne. Sept tableaux vont ainsi se succéder, constitués par sept scènes d’opéra dans lesquelles l’héroïne meurt et où s’est brillamment illustrée la cantatrice greco-américaine. Sept chanteuse vêtues, Dieu sait pourquoi, en femme de chambre des années vingt (sans doute en souvenir de Bruna, la fidèle dame de compagnie de la Divine), viendront ainsi interpréter quelques-unes des plus grandes pages du répertoire, de Tosca à Lucia, en passant par Norma, Carmen ou Butterfly, face à l’auditoire, sur un praticable. Surgissant d’un espace scénographié par des images vidéos qui représentent des cieux ennuagés et après quelques paroles absconses débitées dans un mauvais anglais et d’un ton morne par Marina Abramovic, chaque chanteuse exécute avec des bonheurs divers son aria, tandis que sur un écran géant défilent des images filmées, sur lesquelles Willem Dafoe et Marina Abramovic « jouent » des situations censées éclairer ou expliquer la partie chantée.
La seconde partie marque le réveil de Callas/Abramović, un beau matin de septembre (le jour de la mort de la diva, soit le 16), dans sa chambre à coucher où une fois debout, la performeuse égrène quelques noms, ou réminiscences lointaines (en voix off), avant de briser un vase rempli de fleurs, d’ouvrir en grand la fenêtre, de disparaitre dans la salle de bain et de mourir enfin (8ème mort, la vraie cette fois !). Entrent alors dans la pièce les femmes de chambre, pour nettoyer les lieux et recouvrir d’un tulle noir chaque meuble. Après s’être éclipsée sur les accords d’une partition grandiloquente mais plutôt intéressante, MC/MA réapparait sur le devant de la scène en robe lamée or (les costumes signés Riccardo Tisci sont d’une laideur insigne) incarnation de la Diva pour l’éternité, et pour un ultime bain de lumière et d’applaudissements.
Chic et vide, prétentieux et vain, ce spectacle sans âme s’oubliera vite.