La direction d'acteur au cordeau, le camaïeu de couleur noir, gris, blanc tout juste rehaussé par la chevelure cuivrée de Blanche, accordés à la précision des déplacements et à l'apparition troublante de quelques scènes sulpiciennes muettes – une Annonciation, une Pietà, une Cène et une crucifixion – élèvent ce travail au plus haut degré de perfection. Parmi les moments-clé, la mort de Mme de Croissy clouée à plusieurs mètres du sol, dans son lit vertical devenu crucifix est une trouvaille exceptionnelle, tout comme la prison ascétique où sont jetées les Carmélites, sans oublier la scène finale où celles-ci ne s'écroulent pas au son du couperet, mais font mine d'être touchées au ventre par un impact de balle et se dirigent, bras en croix telles des anges, vers un ciel piqué d’étoiles, hanteront pour longtemps nos mémoires.
Pour incarner ces combattantes de Dieu, Olivier Py (et son assistant Daniel Izzo) disposent comme à l'origine de ce projet, d’une distribution de rêve. Actrice habitée, dont la crinière rousse la différencie d'emblée des autres, Patricia Petibon est une Blanche magistrale. Son chant ferme et transparent, libéré des fixités qui lui avaient été reprochées, son timbre pur aux milles nuances et ses aigus jaillissants comme source claire, tirent à plusieurs reprises les larmes. Maladivement angoissé, son personnage lutte contre la peur et la fragilité, « sacrifiant tout, abandonnant tout, renonçant à tout, pour qu'il (Dieu) lui rende l'honneur » (acte 1 fin du 1er tableau). A ses côtés, Véronique Gens et Sophie Koch présentes en 2013, rivalisent d'humanité, la première avec un chant limpide comme s'il était parlé, d’un généreux lyrisme, sans qu’à aucun moment le trait n’ait l’air d’être forcé ou que la tessiture ne soit contrainte par des aigus assassins ; la seconde moins tendue qu’il y a cinq ans, moins revêche et donc plus adoucie dans ses relations avec les Carmélites, apparaissant à jamais blessée de les voir mourir sans pouvoir les sauver. Aussi douce que bonne, Sabine Devieilhe est une adorable Sœur Constance, frêle comme un oiseau tombé du nid (privée toutefois de projection en raison d'un refroidissement), Nicolas Cavallier nouveau venu, comme Stanislas de Barbeyrac formant un couple père-fils d'une remarquable présence physique et d'une implication vocale supérieure à celles de leurs prédécesseurs, Philippe Rouillon et Topi Lethipuu.
Au pupitre, Jérémie Rhorer récidive, malgré le changement notable de phalange, le Philharmonia Orchestra se substituant à l'Orchestre national de France, avec une lecture âpre et rigoureuse de la partition, qui soigne les textures instrumentales et conjugue souplesse et fermeté grâce à des tempi un rien raides, mais toujours singulièrement investis.
Notes [ + ]
| 1. | ↑ | 26 et 28 février |
| 2. | ↑ | 11–16 mars |