Le titre inaugural, Macbeth, n’est pas moins intéressant, dans la première version écrite par Verdi et dans une nouvelle production confiée à Daniele Abbado, un metteur en scène qui a su faire preuve de rigueur et d’innovation dans différentes productions verdiennes particulièrement réussies, et des costumes de Carla Teti. La Filarmonica Toscanini sera dans la fosse, sous la direction de Philippe Auguin, avec le chœur du Regio de Parme dirigé par Martino Faggiani et un cast de vrais chanteurs verdiens, Luca Salsi (Macbeth), Anna Pirozzi (Lady Macbeth) et Michele Pertusi (Banco). Le spectacle présenté au Teatro Regio aura quatre représentations (27 sept, 5, 11, 18 octobre).
Autre nouvelle production dans une édition critique d’Helen Greenwald, Attila, toujours au Regio. Pour exalter ce chef d’œuvre du jeune Verdi, on a fait appel à l’expérience de Gianluigi Gelmetti, qui dirigera lui aussi la Filarmonica Toscanini, et pour la mise en scène à Andrea De Rosa avec des décors d’Aurelio Colombo, des costumes d’Alessandro Lai et des lumières de Pasquale Mari. La distribution est proche de l’idéal, avec autour de l’Attila de Riccardo Zanellato, l’Odabella de Maria José Siri, l’Ezio de Vladimir Stoyanov et le Foresto de Francesco Demuro. Quatre représentations les 30 septembre, 6, 13, 21 octobre.
Proposer ces trois titres ne doit rien au hasard. Tout en étant très différents, ils contiennent chacun des éléments surnaturels dans leurs sujets, traversés de mystère, avec des figures inquiétantes comme les sorcières ou Azucena, les incarnations du mal comme Macbeth et Lady Macbeth, le spectre de Banco ou le père qui apparaît en songe à Odabella.
En outre, pendant tout le festival, le Teatro Verdi de Busseto, exemple d’architecture théâtrale en minature du XIX e, présentera un spectacle fait de jeunes découvertes talentueuses, Un Giorno di regno, édition critique du premier opéra de Verdi établie par Francesco Izzo, et chantée par les artistes du 56e Concours international de Voix verdiennes et de l’Accademia Verdiana, accompagnés par l’orchestre et le chœur du Comunale de Bologne sous la direction de Francesco Pasqualetti, dans une mise en scène de Maurizio Gasparon, d’après un projet de Pier Luigi Pizzi.
Le programme est complété par un Gala verdien le 10 octobre, jour anniversaire du compositeur, avec la participation des chanteurs du festival, et par les concerts de Midi (Concerti di mezzogiorno) dans les salles magnifiques du Palazzo Ducale del Giardino où les élèves de l’académie offriront des airs et des duos.
Le 16, au Teatro Regio, de célèbres artistes s’uniront à des membres du Club des 27, groupe historique d’amateurs passionnés, au cours d’un Gala Lyrique de bienfaisance.
Le 19 octobre, Roberto Abbado dirigera la Filarmonica Toscanini et le chœur du Regio dans un somptueux concert avec au programme des pages de Verdi, Rossini, Meyerbeer.
De très nombreuses manifestations collatérales enrichissent le programme sous le titre Around Verdi, d’où se détache « Sergio Rubini lit Macbeth », spectacle musical en collaboration avec la Società dei Concerti et le Conservatoire de Parme, au cours duquel l’acteur lira le texte de Shakespeare.
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Interview de Roberto Abbado
Découvrir les versions moins connues
Maestro, qu’est-ce qui vous a particulièrement attiré en acceptant d’assumer la direction musicale du Festival Verdi ?
D’abord la possibilité de travailler à Parme, une capitale de la musique depuis toujours et une ville d’art de grande tradition. Et naturellement de pouvoir me dédier au compositeur d’opéra le plus représenté au monde, ce qui a d’ailleurs fait souvent discuter sur l’opportunité de lui dédier un festival. Je suis convaincu que c’est justement par son immense popularité qu’il le mérite.
En effet, pour certains de ces opéras, Verdi a produit différentes éditions introduisant des parties nouvelles, des changements, des coupes, des révisions. Les exemples les plus connus sont Macbeth, Simon Boccanegra, Don Carlo. Mais il y en a d’autres. Un cas intéressant regarde Il Trovatore, qui n’est jamais exécuté dans sa version française. Parmi les missions d’un festival dédié à un compositeur, il y a justement celle de faire connaître les diverses éditions. Pour réaliser ce projet, Anna Maria Meo a pensé créer un comité scientifique animé par un musicologue à la culture verdienne consommée comme Francesco Izzo, qui doit faire le lien avec l’Université de Chicago et coordonner la disponibilité et la préparation des éditions critiques pour leur mise en scène sur les scènes du festival.
Quels sont les caractères qui différencient Le Trouvère de Il Trovatore ?
On doit préciser que l’Opéra de Paris, quand il commissionna Le Trouvère à Verdi, lui demanda d’en faire un Grand Opéra, un genre en vogue ces années-là. Verdi accepta, conscient que les caractères du genre qu’il connaissait bien étaient déjà présents dans Il Trovatore : les couleurs du drame, sa division en quatre actes, les fréquents coups de théâtre, les personnages fortement marqués. Il introduisit des changements dans les récitatifs, fit quelques coupes, composa une nouvelle musique à l’orchestre et ajouta les ballets, en rendant l’ensemble plus spectaculaire.
Quelle importance a eu le répertoire verdien dans votre carrière à l’opéra ?
J’ai dirigé Simon Boccanegra à 23 ans, depuis lors j’ai dirigé quatorze opéras de Verdi, cela signifie que c’est le compositeur le plus représenté dans mon répertoire. Mais je n’avais jamais affronté Il Trovatore. L’occasion qui m’a été offerte par le festival m’est apparue d’un intérêt exceptionnel, et je l’ai saisie avec enthousiasme.
En effet la version française de ce chef d’œuvre parmi les plus populaires et aimés du public n’est jamais représentée : en Italie dans un passé récent, je crois qu’elle ne l’a été qu’une fois au Festival della Valle d’Itria. Mais elle a toutes les qualités théâtrales et musicales pour conquérir le public des amoureux de Verdi.
Vous savez déjà quels opéras vous dirigerez les prochaines années ?
Notre équipe est plutôt déjà avancée dans le travail d’élaboration des programmes, mais comme on pourra le comprendre, je ne peux rien en dire pour l’instant, même pas en ce qui me concerne.