Cette évocation sensible et émouvante trouve son centre de gravité en revenant constamment aux propos donnés par la cantatrice à la télévision américaine en décembre 1970. Dans un noir et blanc de mauvaise qualité, Maria Callas se dévoile, se confie, sereine, confiante, répondant avec lucidité, modestie et finesse aux questions très personnelles, notamment sur sa vie privée et ses rapports avec Onassis, du journaliste David Frost. Ce véritable trésor qui nous permet de mieux comprendre la diva est complété par plusieurs lettres extrêmement belles, lues par Fanny Ardant, qui montrent combien l’artiste a dû lutter pour que la femme et la chanteuse puissent coexister et combien la gloire lui a coûté.
A côté d’images arrachées au passé où l’on découvre la mythique interprète loin des hordes de journalistes, décontractée chez elle à Sirmione ou chez des amis à Palm Beach au bord de la piscine jouant avec son chien, plusieurs raretés absolues : ce film amateur tourné à l’Opéra de Chicago en novembre 1955 où Maria Callas incarne son unique Butterfly à la scène (moment unique placé au tout début du documentaire, avec le son de l’intégrale studio) et ce court, mais o combien merveilleux document capté en Grèce en août 1964, où accompagnée au piano elle entonne les premières phrases du bouleversant « Voi lo sapete o Mamma » de Cavalleria rusticana (dans une forme vocale magnifique), qui semble improvisé.
Maria Callas méritait que quelqu’un prenne le temps de la réflexion et consacre plusieurs années de son existence à redonner vie à celle qui fut et demeure la plus illustre soprano du XXème siècle.