Le concept de semi-opéra peut s'envisager comme l'émergence d'une forme impure ou forme mixte avec pour principe le fait de juxtaposer des extraits musicaux et leur donner un sens dramaturgique. Le filon avait déjà été récemment exploité lors de l'édition 2014 du Festival d’Aix-en-Provence avec un Trauernacht d'après Bach qui imaginait une veillée funèbre autour d’un père défunt. Avec Miranda, Katie Mitchell et Raphaël Pichon ont entrelacé des airs de Purcell et des allusions à La Tempête de Shakespeare.
Les nerfs du spectateur sont mis à mal par la superposition d'éléments liés au recueillement d'une cérémonie religieuse et la violence d'une prise d'otage organisée par un groupe de participants au service de Miranda. Menaçant de mort les protagonistes parmi lesquels Prospero et le pasteur, elle égrène les griefs sous la forme d'une litanie : "je fus exilée, je fus violée, je fus mariée trop jeune". Contournant à l'occasion le contenu de certains anthems pour mieux les insérer dans la trame narrative, l'entreprise de Katie vise rien de moins qu'à apporter une réponse à la pièce de Shakespeare. Le choix d'un décor unique oriente l'action sur un plan fixe et du même coup, réduit le cadre qui permettrait de saisir cette fiction dans toute sa dimension.
Ce film uniformément noir use de l'incongruité des situations et du rapport ambigu entre les personnages pour dresser une sorte de psychanalyse musicale en temps réel. Rigoureusement rythmée, l'action culmine dans un sommet de tension et s'évapore entre rêve et cauchemar. La densité et la complexité du flux musical ne se perçoit jamais comme hétérogène mais agit à la fois comme bande-son et protagoniste invisible du drame. Raphaël Pichon conduit son Ensemble Pygmalion dans des niveaux de détails assez impressionnants, alternant les climats de douleur et de d'exaltation. La présence du chœur en scène contraint à une rigueur de tous les instants en ce qui concerne les mouvements (d'un réalisme et d'un naturel saisissants) et la précision des entrées (irréprochable de bout en bout).
À revoir sur https://www.arte.tv/fr/videos/078266–000‑A/miranda-d-apres-henry-purcell-a-l-opera-comique/